Le droit à ne pas se définir ?

Jeudi 5 mai 2016 à 19:40

Si je me définis, c'est parce qu'on me le demande. Bisexuelle, pansexuelle ? Panromantique ? Déjà, je n'aime pas cette rupture opérée entre attirance sexuelle et amoureuse. Si vous les utilisez, ces termes, je m'en fiche, je l'entends et le respecte, je le comprends même, mais ne m'en affublez pas ! Je ne veux pas être définie par ma sexualité, ni aux yeux des personnes hétérosexuelles, ni aux yeux des autres, pour qui ma sexualité sera un droit d'entrée, une validation tacite de ma présence et de mes propos. Si j'essaye de ne pas oppresser mon entourage, ce n'est pas parce que j'appartiens à une minorité sexuelle, mais parce que j'ai lu et écouté, parce que je me suis intéressée aux choses. Mon orientation sexuelle n'a rien à faire là dedans. C'est une orientation, pas une identité. Mon orientation sexuelle n'est pas militante, ce qui l'est ce sont mes choix, mes engagements, mes actions.

Je ne veux pas me définir. Je revendique le droit à ne pas me définir. Je ne veux pas que ma vie soit un coming out constant, je ne veux pas que mon orientation sexo-amoureuse intéresse qui que ce soit. Même moi, elle m'intéresse si peu... Je ne veux pas à avoir nommer quoi que ce soit pour devenir valide à vos yeux. Parce qu'une fois nommée, mon orientation ne m'appartient plus, elle devient politique, publique, discutée, elle entraîne sa vague de discriminations, dont les plus insidieuses sont les positives. Me définir, c'est braquer mon regard et celui d'autrui sur ma sexualité. Je ne suis pas bisexuelle, je ne suis pas pansexuelle, je ne suis pas demisexuelle, je ne suis rien de tout ça. Je suis étudiante, géographe, comédienne, nageuse, je suis amie, amoureuse, amante. Je n'ai pas d'identité sexuelle, juste une identité. Définir mon orientaion sexuelle ne m'est pas nécessaire. Je n'en ressens pas le besoin, encore moins l'envie. Ne qualifie pas mon corps, ne qualifie pas ce que j'en fais, même si tes intentions sont bienveillantes, je ne le souhaite pas. Quand tu diras « Mélie est bisexuelle », tu diras des conneries. Si tu as creusé un peu plus, peut-être diras-tu que je suis pansexuelle, mais non, je ne le suis pas, parce que j'en ai pas envie. Si toi tu as besoin de cases et de mots, je le conçois et le respecte, mais ne-me-les-ap-pli-que-pas, ça ne me concerne pas. Jamais je ne nierai ton identité, alors ne qualifie pas la mienne. Peut-être, plus tard, je le souhaiterai. Aujourd'hui, non. Ce n'est pas un manque de courage, je ne me voile pas la face, j'assume et aime les personnes avec qui je couche, mais ça ne regarde que moi. Alors, je n'ai aucune raison de le verbaliser.

Par MavangElle le Mercredi 11 mai 2016 à 9:31
Difficile, cet humain, qui prend les gens pour des puzzles à ranger. Incasable, c'est mieux. Ça sent bon, comme une liberté.
Par scrivener le Samedi 10 décembre 2016 à 13:28
Pour moi, la "définition" a été un moment important de ma vie amoureuse et sexuelle (ça m'a permis d'accepter qui j'étais dans un contexte familial compliqué). Mais comme toi, je ne ressens jamais le besoin de me clamer quoi que ce soit. Et quand les autres le font, c'est pénible. J'aime bien ce texte :)
 

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