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Je suis seule dans la maison de la Grande Hélène.
Fin février et ça sent déjà le printemps : je passe du canapé au jardin, et pendant ce temps elle chante je ne sais où dans la région. Sur les vieilles pierres du mur je cherche les traces des danses d'Hélène. La lumière flotte dans la cuisine, caresse le sol et adoucit les angles. J'écoute la maison vivre. L'atmosphère est légère, tellement légère, plus rien ne bouge, je me baigne dans l'attente de la maitresse des lieux. Ce soir Hélène sera de retour, elle ne sait pas encore que je suis là, à fabriquer un mobile pour son salon avec de vieux sarments et quelques uns de mes éternels bateaux en papier. Comme une bonne épouse que je ne suis pas, je ferai peut-être cuire des légumes dans son four. J'irai voir mon père, dans la maison de son Hélène, je lui dirai que je travaille tranquillement dans le jardin, avant de revenir à mes mobiles en passant par le chemin qui contourne la vigne de Gaston, d'où on voit le village ensoleillé, son clocher en pleine lumière et les toits bruns enchâssés les uns aux autres.

 

Et les amandiers en fleurs.


Je veux mes ailleurs, coûte que coûte, je veux les Andes et la brousse, les grands lacs et les déserts, mais rien à faire, la terre natale, la terre aimée, reste si douce et bienveillante face au monde. La rudesse du sol et du cep de vigne, les entailles de sécateur, le soleil qui brûle la nuque et les joues, la poussière mélangée à la sueur lorsque midi sonne, les branches d'olivier qui sont trop hautes et trop lourdes, la tramontane qui assèche la bouche et traverse la laine.
Sans cesse j'y reviens, je déserte la ville pour enchaîner les trains et rejoindre les collines, apercevoir le canal du Midi par la fenêtre, le cœur battant de sentir le soulagement qui s'annonce : pied à terre, l'air emplit mes bronches, et je pars sur le bord de la route le pouce en l'air. J'arrive au village, égrenne les maisons et les visages. Je retrouve la place et ses guitares manouches, au loin j'aperçois le chat gris, quelques Anglais amusés, puis mon père, Hélène, Camille, Marie, Gaston. Le clocher sonne, il est six heures, l'heure des retrouvailles. On me fait passer un verre de vin, un joint et des olives, on chante chanson pour fêter les retrouvailles que je bénirais cent fois si je le pouvais. Si le temps s'y prête, j'enlève mes chaussures, je danse au son de la guitare de Camille qui me regarde en souriant dans sa moustache. Ça vit, ça frappe des mains, Arnaud revient de la vigne et Lola de ses ménages. On me parle occitan, je réponds en français, je retrouve mes souffles, je reprends ma place. Et la fin de février vient poser son empreinte, vient promettre le retour du printemps puis celui de l'été. Je recouvre mon état sauvage, indocile, originel.

 

 

Par la fenêtre, le soleil se couche déjà. Bientôt Hélène rentrera, et chez elle aussi, je suis chez moi.