Melie

Madame rêve de bêtises.

Mercredi 25 janvier 2012 à 14:15

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Samedi 21 janvier 2012 à 15:34



"I'm dancing barefoot
Headed for a spin
Some strange music drags me in
It makes me come up like some heroine"


Joseph me racontait tout ce qu'il voulait faire, vivre, et moi je voyais ses images, ses pensées défiler devant moi comme des monstres en suspens, des animaux sauvages peints à l'aquarelle. Son Paradis ou son Enfer se dessinaient en filigrane devant mes yeux fascinés - je voyais l'Univers entier de Joseph, ses douves et ses remparts, sa forteresse presque infranchissable, puis ses montagnes africaines, ses forêts d'arbres noirs et ses cascades d'eau de rose. Je voyais toutes ses vierges Marie, tous ses corbeaux et tous ses serpents en or. Je me perdais dans ses labyrinthes intérieurs où, à chaque tournant, un nouveau fantôme, un nouveau fantasme se dressait devant moi, avec ses cheveux de Méduse, sa bouche d'ogre et ses yeux d'enfant. 
Joseph, en m'ouvrant les portes de son royaume peuplé de princesses russes et de reines andalouses, de plaines arides et de ruisseaux plein de vies, baissait sa garde le temps d'une nuit, enfin.

Lundi 16 janvier 2012 à 21:59

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moi même par Tristan Deschamps (ce garçon est pointilleux sur ses "droits d'auteurs")

 

Je me réveille dans la salle d'eau de Joseph. La tête de cerf empaillée me fixe d'un air indolent. Je me noie dans le bain brûlant, une American Spirit dans une main et un verre de Bowmore Legend dans l'autre, sans vraiment savoir comment j'ai débarqué là. Joseph, de l'autre côté de la porte, chiale sa redescente de LSD trop dosé pour un être humain normal. L'entendre pleurer, lui, un Joseph Paola Cheyenne Coppola, m'a sur le coup emplie d'une joie féroce - j'étais vengée. J'ai pourtant eu la force de lever mon cul pour l'aider à mener sa guerre, son moment d'ultra-violence à lui. Sa roulette russe. 


Puis, ensuite, je me suis rappelée de la douceur de ma vie d'avant. Un an plus tôt, j'étais encore Mélie.

Samedi 14 janvier 2012 à 14:06

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Moi, je ne suis rien d'autre que la minote, la môme, la gosse, la mioche.
Dans la bouche des gens comme dans mon corps.
Je suis la petite, la chose qu'on traîne depuis bientôt dix-sept ans.

Bien sûr, des fois, j'essaye d'exister à leurs yeux à tous comme autre chose qu'une gamine, j'essaye d'exister à leurs yeux tout court.

Certains jours, j'y arrive.
Je ne suis plus la minuscule, je suis la prostituée.
J'existe aux yeux des hommes qu'en étant catin.

Je vogue dans ma vie ainsi.
Le poupon ou la putain.
Jamais vraiment les deux, et jamais autre chose.

Je me trimbale avec ces deux moi que l'on m'a imposé, ni l'un ni l'autre n'étant réellement moi. Ce que je suis, en vrai de vrai, sans vraiment le connaître, je le garde, bien caché, bien planqué. Puisque personne ne veut le voir, personne ne le verra.

Je reste alors seule.

 

 

 

Mercredi 11 janvier 2012 à 15:54




"And I don't want to ball about like everybody else
And I don't want to live my life like everybody else
And I won't say that I feel fine like everybody else"


Samedi 7 janvier 2012 à 14:36



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The King


She wore blue velvet
...


Été 2001. L'été de la canicule. J'ai six ans, quelques semaines plus tard, je rentre à l'école, un certain 11 septembre. Dans quelques semaines, je vais rencontrer Alice. Ma mère a coupé mes interminables cheveux blonds pour fêter la rentrée.


Bluer than velvet were her eyes...


Romain passe l'été à Montpellier, chez moi. On passe nos journées à moitié nus dans la cour de l'immeuble, au milieu des draps qui sèchent et des clients de la  brasserie de la mère Paul passant devant nous pour aller aux toilettes, derrière la porte du fond. Nos bicyclettes sont posées contre le mur - elle nous attendent, impatientes, elles attendent la plage le soir et les étangs le matin.


Warmer than May her tender sighs...


Romain a dix ans , on joue notre Guerre des Boutons, vivant l'un dans l'autre. L'air a un parfum de mer, de lilas et de lessive. Romain, en Huckleberry Finn, fume une Gauloise volée à mon père, ses fossettes bouffées par l'ombre de son canotier.


Love was ours.


Le disque de Bobby Vinton tourne paresseusement sur la platine du restaurant, parvenant à nos oreilles désoeuvrées. Romain m'empoigne, me fait tourner. On danse pieds nus sur la pierre chaude en riant. Rien que deux mômes amoureux, voilà tout ce qu'on a été au cours de ta vie.

Dimanche 25 décembre 2011 à 16:42

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- Mother ?
- Yes, son ?
- I want to kill you.



Je somnolais sur son grand lit, enveloppée dans le couvre lit indien. La fenêtre entrouverte laissait couler un peu de pluie sur le sol.
Joseph était parti dans les toilettes avec son pochon à la main. 
Pour la première fois, il ne m'avait pas baisée, il m'avait fait l'amour.
Il est revenu et s'est assis sur le fauteuil en velours en face de moi, toujours nu. Je me suis redressée et ai attrapé une cigarette, en mettant un peu de mon rouge à lèvres sur le filtre. 
Il m'a regardée dans les yeux et m'a dit, sur un ton de reproche :
"Mélie, quand te rendras-tu compte que tu es belle ?"
Il a sorti de sa poche deux buvards. J'ai ri, je trouvais ça con. C'était ma seconde fois. On a écouté mon vieux vinyl de Horses assis l'un en face de l'autre, en s'émerveillant sur l'infini, un peu bêtes lui sur son fauteuil et moi sur son lit trois fois trop grand pour moi.

Le lendemain, sur l'oreiller, il y avait une bourse en forme de coeur faite de cuir rouge. Je ne me rappelais pas m'être endormie.

Il est parti tôt dans sa voiture pour aller voir un coin de mer. Je me suis perdue dans mes découpages de papier doré et de photo de Joséphine Baker, ne me levant que pour aller aux toilettes, faire chauffer de l'eau dans la bouilloire ou allumer une cigarette à la gazinière. Il avait laissé sur la table de la cuisine deux pétards que j'ai décidé de ne pas fumer, usée par cette sensation de vie qui défile sans moi. Misha puis Cassandre m'ont appelée, je leur ai dit, aux deux, que j'allais sûrement bientôt  devenir folle.
Je me trouvais tellement bête. Tellement comme tout le monde, tellement trop, tellement "pourquoi moi j'ai besoin de ça pour réussir à faire des trucs ?"

Dimanche 27 novembre 2011 à 15:05


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Freaks, mon amour

Joseph



dormait sur le ventre, sous le regard furtif et moqueur d'un Gainsbourg de trente ans. J'étais assise à cheval sur le rebord de la fenêtre - d'un côté mon pied sur le parquet brun de l'appartement, de l'autre mon pied loin au dessus des pavés du vieux Montpellier. Je fumais une cigarette tout en lui parlant. Je lui parlais souvent quand il dormait, je lui racontais ce qu'il préférait entendre lorsqu'il était éveillé, comme pour le bercer. Je disais que j'aurais préféré m'appeler Adèle, ou Frida, et non Mélie, je lui récitai mes mots préférés, "prunelle, cocon, redondant, cuisse, blanc, volubile, boudoir, érotique, indigo, comète, perle, arabesque, extase, pamplemousse, cosmos, malice, mirabelle, gourmandise, capricieuse, marquise, manège, cigarette, fantasmatique, horizon, muse, cygne, astéroïde, frisson, alouette, ancre, alphabet, cerise, rossignol, Alaska, oeuf, cyclone, apache, prince, cercle, plume, t'en vois d'autres ?". Je lui disais que je rêvais de faire l'amour avec un aveugle, mais que tenais quand même à ses yeux comme à la prunelle des miens, et puis que tout était très bien comme ça. Je lui parlais de l'adoration que j'avais envers la veste que je portais sur le dos, une veste indienne toute brodée de perles et de paillettes que Misha m'avait ramené de son dernier voyage, je trouvais qu'elle aurait pu appartenir à Hendrix, j'étais sûre qu'elle avait appartenu à Hendrix. "Joseph, ma veste a fait Woodstock, je te le jure." Je lui disais qu'il était Robert Mapplethorpe et moi Patti Smith, qu'il allait faire le tapin et moi me tatouer un éclair sur le genoux. "Quand tu te réveilleras, on descendra s'acheter des cigarettes et du fusain, on se mettra l'un à côté de l'autre et on dessinera." Sur la table de chevet, un vieil exemplaire de Sur la route gisait, les pages toutes tâchées par la vie dissolue que Joseph menait depuis ses douze ans. Il m'avait raconté que son père lui avait offert juste avant de l'expédier en France à coup de pieds au cul - quelle ironie... Je connaissais Joseph depuis avril, je l'avais rencontré à la sortie du Rockstore. Il était en débardeur sous la Cadillac rouge plantée au dessus de la porte d'entrée. C'était le meilleur ami du garçon que je fréquentais, Romain, qui a disparu quelques mois après. Joseph était un loup, c'est pourquoi j'ai appris sa vie pendant son sommeil, en visitant les petites pièces de sa maison, en farfouillant au milieu des petits objets, des vieux carnets. Joseph avait une collection impressionnante de bibelots en tous genre qu'il avait ramené de chacun de ses voyages - des azulejos, attrapes-rêves, des statuettes en cuivre, des sérigraphies de la Vierge Marie, des petits crânes en terre cuite, des matriochkas. C'est comme ça que j'ai compris que Joseph n'avait pas de réelles attaches - je m'en suis assuré auprès de lui. Son troisième prénom était Cheyenne - ça le caractérisait bien, je trouvais. Joseph l'indien fuyard, le marin. Le mystère qu'il laissait sur sa vie est peu à peu tombé, laissant ses traces ça et là. Même s'il tenait à ce que je ne sache rien de l'existence qu'il menait, j'avais une confiance absolue en lui, tout en sachant que je pouvais parfaitement me réveiller un matin et ne plus jamais entendre parler de lui. Cette perspective ne me faisait pas peur. "Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve...", lui chantais-je au creux de l'oreille. Joseph remuait dans son sommeil. Bientôt il allait se réveiller, bientôt nous descendrons acheter des cigarettes et du fusain. "Dis moi que tu m'aimes encore si tu l'oses."

Jeudi 6 octobre 2011 à 20:18

13 mai 1991 - 4 mai 2011

J'ai fait tout ce que tu m'a dis de faire, tout ce que je t'ai toujours promis, maintenant, il ne manque plus que toi, Romain.



Jeudi 7 avril 2011 à 21:21

 


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 c'est oim



"Moi, je n'ai plus de nom. On m'appelle tout le temps de nom de petites bêtes, poussin, pinson, moineau, alouette, étourneau, colombe, rossignol. Je préfèrerai que l'on m'appelle rat, serpent à sonnettes ou porcelet."
Je te connais encore par coeur.
 

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